La fin du débat public sur l’EPR (comment ça "quel débat ?")


Le 18 février 2006 a vu la fin du débat public sur la question de l’EPR, ce réacteur nucléaire évolutionnaire que la France et EDF ont prévu de construire à Flamanville, dans la Manche. En effet, il ne s’agit ni d’un réacteur de 4ème génération, ni de fusion nucléaire (projet international ITER), mais bien d’un réchauffé des réacteurs actuellement en fonctionnement en France -58 en tout- et dont on attend la fin de vie d’ici 20 ou 30 ans : là est toute la question.

Impossible de savoir si l’EPR est effectivement plus sûr, comme le prétendent EDF et Framatome ANP (filiale d’AREVA-Siemens, constructeur du réacteur), puisque le secret-défense a été invoqué concernant les spécificités techniques de résistance de ce réacteur. En plus du fait que la décision de construire l’EPR semblait déjà prise avant le début du débat public (cette construction est pour ainsi dire inscrite dans la loi d’orientation sur l’énergie sortie en 2005 et fut même annoncée, sans réserves, en octobre 2004 par EDF), c’est ce manque de transparence sur la question de sécurité qui a motivé le retrait du réseau d’associations Sortir du Nucléaire du débat, en novembre dernier.

AREVA souhaite construire l’EPR "tête de série" à Flamanville afin d’avoir une démonstration à offrir à d’éventuels acheteurs comme la Finlande, la Chine ou les USA. La Finlande lui a déjà commandé un EPR et la Chine a lancé un appel d’offre pour des réacteurs de 3ème génération, auquel AREVA a répondu en proposant l’EPR. La France souhaite ainsi conserver un leadership nucléaire, alors que par ailleurs les besoins énergétiques français ne justifient aucunement la construction de ce réacteur : nous sommes déjà en surproduction d’électricité. On voudrait nous faire croire que nos besoins vont continuer d’augmenter sans freins afin de légitimer des choix énergétiques de ce genre, alors qu’il est au contraire urgent de modifier notre consommation, ainsi que nos moyens de production en investissant dans les énergies renouvelables. Enfin, EDF argumente surtout que le parc des centrales françaises devra bientôt être renouvelé, et pourquoi pas par des réacteurs de type EPR ? A quoi beaucoup répondent que, quitte à faire, autant les remplacer par des réacteurs de 4ème génération, plus sûrs et générant moins de déchets (cette fois, ça semble prouvé), en attendant seulement un peu que ces technologies soient prêtes. C’est là qu’on retombe sur la question de la durée de vie des centrales existantes...

En attendant le compte-rendu du débat public (mi-mars) qui n’aura, notez-le, aucune vocation à trancher la question, et comme on approche du 20ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (expérience grandeur nature d’un accident nucléaire), plusieurs associations appellent à manifester contre la construction de l’EPR "tête de série" à Flamanville.

Téléchargez les compte-rendus des réunions de clôture locale et nationale du débat public sur l’EPR, disponibles en ligne. Ils sont clairs et rapportent entre-autres que la question sur le bien fondé du débat s’est posée dès le départ, puisque la décision semblait tranchée. La plupart des participants reconnaissent en revanche que cette expérience inhabituelle a été enrichissante et que l’idée de tels débats de grande ampleur devrait être plus utilisée, bien que la marche à suivre doive en être améliorée.

La voix des défenseurs de l’EPR :
- sur le site de Framatome ANP : n’hésitez pas à naviguer dans les communiqués de presse, et téléchargez l’EPR, le réacteur nucléaire avancé, très instructif.
- sur le site d’EDF.

Article publié vendredi 10 mars 2006 à 16:19 par - classé dans .

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