
En période de Noël, les jolis assortiments de savons de Marseille ou autres savons parfumés et colorés font partie des cadeaux -moyennement inspirés- de prédilection.
Attention toutefois, tout ce qui brille n’est pas de l’or, et l’image d’épinal du savon de Marseille naturel est à tempérer.
Historique rapide : en France, on retrouve des traces de mixtures à base d’huile, d’eau et de cendres, dans l’Antiquité. Toutefois, le procédé de fabrication inspiré de celui du savon d’Alep, est inventé au Moyen-Âge, où l’on ajoute de la chaux aux cendres lessivées. La Provence dispose alors en abondance des matières premières nécessaires : l’huile d’olive, le sel et les cendres de salicorne. La couleur du savon ocille entre vert et marron. Le procédé de fabrication du dit Savon de Marseille sera ensuite réglementé au XVIIe siècle, sous Louis XIV.
Or cette réglementation ne conduit pas à une appellation contrôlée. La DGCCRF a approuvé en 2003 une méthode de fabrication basée sur le procédé de saponification historiquement utilisé par les manufacturiers marseillais, l’exclusion des huiles acides (sauf huiles de grignon d’olives), et quelques autres contraintes importantes sur les additifs et les corps gras.
La première conclusion est sans appel : un savon de Marseille peut donc être fabriqué industriellement n’importe où, et ne contenir aucune trace d’huile d’olive. Il n’existe actuellement plus que 3 savonneries fabricant à l’ancienne sur Marseille, ce qui ne veut bien entendu pas dire que l’utilisation d’huile d’olive locale figure à leur cahier des charges.
Aujourd’hui, la Chine et la Turquie inondent le marché avec un savon de Marseille à base entre-autres d’huile de palme, dont la production entraîne une déforestation massive des forêts primaires. Certaines espèces animales comme l’orang-outan ou le bonobo sont actuellement gravement menacées par la production d’huile de palme (entre autres). L’huile de coprah extraite de la noix de coco fait également partie des huiles utilisées, autant dire que les 72% de matière grasse pour un savon extra-pur n’ont rien de provençal...
L’après-guerre ayant fait la part belle aux détergents chimiques de toute sorte, la production de savon de Marseille a toutefois reprise depuis queles années, surfant sur le côté nature & tradition. Nombre de détergents et produits dérivés au savon de Marseille ont fleuri dans les rayons des supermarchés. Pourtant, si le marketing vend un produit à l’ancienne, les dangers des composants sont bien réels, comme le dénonçait l’UFC-Que Choisir dès 2004.
Pour en revenir au bloc de savon de Marseille industriel, celui-ci peut parfaitement contenir des additifs douteux : agents anticalcaires, conservateurs, colorants, parfums... Ces additifs sont souvent polluants, c’est à dire difficilement biodégradables voire toxiques.
Il convient donc de mesurer l’a priori positif que véhicule le savon de Marseille, et comme d’habitude, de lire attentivement la composition et la provenance des produits qu’on achète !